Dans un New York paralysé par la visite du Président des Etats-Unis, un magnat de la bourse paranoïaque assiste à l’effondrement de son empire alors qu’il traverse la ville en limousine pour aller chez le coiffeur.
Cela faisait 13 ans que David Cronenberg n’avait pas réalisé un film dont il assurait l’écriture. Depuis eXistenZ, le canadien s’était contenté de filmer. Avec Cosmopolis, il réussit une adaptation virtuose du roman culte de Don DiLillo en se démarquant notablement du roman original.
Alors que dans le DeLillo, Eric Packer est conscient de la montée du cours du Yen, il est ici dépassé par la chute du Yuan. Il ne pourra jamais coucher avec sa femme, un des fils rouges du livre. Loin de lui nuire, ces deux différences majeures enrichissent l’adaptation.
Aussi bien dans le film que dans le livre, le héros, obsédé par l’idée de sa propre mort, la recherche activement et alors qu’on attendait le It Boy Robert Pattinson (Twilight) au tournant, il s’avère être capable d’une profondeur sidérante. Avec virtuosité, il fait passer des dialogues opaques (largement extraits du livre) et donne vie à un personnage en pleine rédemption en mettant constamment son image en danger.
On retrouve bien sûr les obsessions habituelles de Cronenberg, qu’elles soient charnelles ou intellectuelles. La quête suicidaire du héros dans un New York d’apocalypse n’est en effet pas éloignée des thèmes habituellement développés par le cinéaste.
En revanche, il est incontestable que le film s’avère extrêmement verbeux et qu’on peut très vite se sentir dépassé. Sa nature expérimentale s’accorde en tout cas avec le point de vue négatif du cinéaste, et transforme Cosmopolis en un essai philosophique réussi qui s’attaque aux fondements du monde moderne, –et pas seulement ceux de la finance. Cette dystopie prémonitoire de DeLillo tourne à l’allégorie visuelle d’un monde dépendant de la technologie, prisonnier de la Bourse et hautement paranoïaque tout en noyant le spectateur sous un discours volontairement abscons et invasif. La musique oppressante d’Howard Shore donne le coup de grâce.
Le talent de Cronenberg est présent dans tous les plans, mais on pourrait paradoxalement le lui reprocher. Tout est trop. Trop claustrophobe, trop orchestré, trop évident, trop fidèle au roman. On se prend à regretter qu’il n’ait pas pris le parti d’explorer davantage son personnage principal, qu’il ne l’ait pas fait sien en quelque sorte, en revenant sur les raisons qui en ont fait cet étranger à lui-même et au monde. Car tout comme dans le livre, on sent que tout peut arriver, mais au final, rien ne se passe.
Une chose est sûre, ne vous attendez pas à aller voir un nouveau Wall Street ou un thriller sur le monde de la finance, car ce cauchemar métaphysique est l’un des films les plus étranges du maître de Toronto.
Cosmopolis
Sortie : 25 mai 2012
Drame de David Cronenberg avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, Sarah Gadon, Mathieu Amalric, Jay Baruchel, Kevin Durand, K’Naan, Emily Hampshire, Samantha Morton, Jay Baruchel, Paul Giamatti.
Durée 108 mn
Editeur Stone Angels












