La journée de Monsieur Oscar qui circule en limousine et devient tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, père de famille…
Pour son retour très attendu au cinéma après 13 ans d’absence (quelques courts et un moyen métrage avec Gondry, Merde, depuis Pola X en 1999), Leos Carax livre une œuvre fulgurante qu’il a d’ailleurs présenté au dernier Festival de Cannes sans rien en rapporter.
Retrouvant Denis Lavant, son acteur fétiche, Carax rattrape aussi l’affront fait à Edith Scob dont le rôle des Amants du Pont Neuf avait été coupé au montage.
Réalisé pour des raisons financières en caméra numérique que déteste le metteur en scène, Holy Motors est né d’une idée qu’a eu Carax aux États-Unis devant les cohortes de limousines qui sillonnent les rues. Et de cette idée jaillit un film d’une fraîcheur revigorante, qui fait penser que le cinéma c’est aussi ça, questionner le spectateur, lui offrir quelque chose de sublime à voir sans imposer de jugement, en toute liberté. On pense bien sûr à Godart et Ionesco. L’absurde et la poésie se conjuguent pendant deux petites heures, sans souci de kitsch ou de cohérence.
Il était temps de nous rappeler qu’on avait le droit de voir aussi au cinéma des films équilibristes qui tiennent du prodige. Carax nous laisse entrer de plein pied dans son univers foutraque qui nous ramènent aux premières heures du 7e art. Car au-delà de la critique du monde et de l’aspect ludique du projet qu’il présente, Carax a trois millions d’idées à la seconde. Cette déclaration d’amour au cinéma, on l’attendait depuis longtemps.
Le deuxième bonheur du film, c’est l’hallucinante composition de Denis Lavant, le double de Carax, et sa complicité avec la grande Edith Scob, magnifiée par la photographie de Caroline Champetier.
Bourré de références plus ou moins transparentes, Holy Motors est une mise en abîme magique qui s’autorise tous les dérapages. Leos Carax revient et il lâche tout. Plus extraordinaire, c’est un miracle absolu.
Points bonus : Revivre de Gérard Manset.
Holy Motors
Sortie : 4 juillet 2012
Film de Leos Carax avec Denis Lavant, Edith Scob, Eva Mendes, Kylie Minogue, Elise Lhomeau, Michel Piccoli, Jeanne Disson.
Durée 115 mn
Les Films du Losange












