Critique – La terre outragée : une saine piqûre de rappel

Xeen 29/03/2012 0 Partager sur Facebook
Critique – La terre outragée : une saine piqûre de rappel

26 avril 1986, Pripiat, à quelques kilomètres de Tchernobyl. Dix ans plus tard. Le constat.

La terre outragée est le premier film de fiction consacré à la catastrophe de Tchernobyl, 26 ans après les faits. Le projet, porté par la documentariste franco-israélienne Michale Boganim (Odessa, Odessa), a rencontré de fortes oppositions des autorités. Tourné en Ukraine dans la “zone”, sur les lieux même du drame, il relate de façon intimiste et sans reconstitution pesante la tragédie qui a marqué la ville de Pripiat.

La première partie relate ce qui aurait dû être une semaine ordinaire dans un cadre champêtre à l’ombre des réacteurs de la centrale Lénine. Instantané d’un bonheur qui sera perdu sans espoir de retour. Elle s’achève sur des images terribles de populations déportées alors que le gouvernement soviétique continue de cacher la gravité des évènements.

La deuxième partie, moins réussie, s’empêtre dans les indécisions sentimentales de l’héroïne rescapée que son obsession rend incapable de quitter les lieux de son enfance. Malade, condamnée, elle ne cesse de revenir encore et toujours à Priapat, en dépit du mal qui la ronge, cette fois en tant que guide de touristes occidentaux avides de sensations fortes.

C’est l’ukrainienne Olga Kurylenko (Hitman, Quantum of Solace) qui interprète le personnage central. Jamais l’ancienne mannequin devenue comédienne (elle tourne en ce moment un projet top-secret avec Terrence Malick, excusez du peu) ne dérape dans le pathos. Bouleversante de bout en bout, elle traverse le film avec grâce et retenue.

On pourra reprocher à Boganim son approche documentaire. Elle parvient cependant à donner à Tchernobyl un visage humain. C’est une bonne chose au moment on l’on célèbre le triste anniversaire de la catastrophe de Fukushima (la 2e de niveau 7, –pour l’instant).

Présenté dans tous les grands festivals, ce film qui mérite d’être vu est sorti en salles hier, enfin presque : 8 à Paris, 2 à Lyon, 1 à Marseille, Bordeaux ou Toulouse. J’avoue ne pas avoir cherché plus… Autant dire qu’il va être difficile de le voir avant qu’ARTE, qui l’a co-produit, ne le diffuse dans les prochains mois sur le petit écran.

C’est aussi le moment de lire La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse (1997) de la dissidente biélorusse Svetlana Alexievitch.

La Terre outragée

Sortie : 28 mars 2012

Drame de Michale Boganim avec Olga Kurylenko, Andrzej Chyra, Serguei Strelnikov, Vyacheslav Slanko, Nikita Emshanov, Ilya Iosifov, Tatyana Rasskazova.

115 mn / Le Pacte