Critique – Sur la route : Salles réussit l’impossible

Xeen 23/05/2012 0 Partager sur Facebook
Critique – Sur la route : Salles réussit l’impossible

Après le décès de son père, Sal rencontre Dean Moriarty, ex-taulard junkie. Rompant avec un univers étriqué, ils prennent la route avec Marylou, la jeune épouse de Dean, en quête d’eux-mêmes et du monde.

Après le ratage de l’adaptation de La route de Cormac McCarthy en 2009, et la sortie en salles passée inaperçue de Howl de Rob Epstein, c’est avec une saine appréhension qu’on attendait une autre adaptation, celle d’un monument de la littérature du XXe siècle, Sur la route, manifeste de la Beat Generation écrit en 1957 par Jack Kerouac. L’écrivain voulait porter son livre à l’écran avec Marlon Brando et James Dean. Le projet ne vit jamais le jour.

Une première adaptation signée Russell Banks était déjà dans les cartons depuis 2001. Francis Ford Coppola détient les droits du livre depuis 1968 et sert d’ailleurs de producteur exécutif du film du brésilien Walter Salles. Salles reprend une partie de son équipe de Carnets de voyage avec l’écrivain José Rivera et le compositeur Gustavo Santaolalla.

Roman autobiographique déguisé, Sur la route met en scène les amis de Kerouac (Sal Paradise), Allen Ginsberg (Carlo Marx), William Burroughs (Bull Lee) et Neal Cassidy (Dean Moriarty).

Qui d’autre mieux que Salles pouvait retranscrire à l’écran la logorrhée be-bop de Kerouac ? Au bout de 2h20, 678 cartouches de cigarettes, des hectolitres d’alcool et d’essence et plusieurs cagettes de divers psychotropes, la réponse est : sans doute personne à part lui.

Le metteur en scène a voulu revenir sur des films fondateurs et on perçoit l’influence d’Antonioni (Profession: reporter ou Zabriskie Point) autant que celle de la Nouvelle Vague (Pierrot le Fou de Godard). Le tournage en décors naturels au Canada, en Argentine, au Mexique et au Canada, part vraiment sur les traces de Kerouac. Salles a réalisé en parallèle un moyen métrage, In Search of the Road, qui documente sa démarche.

Ce road movie n’a pas grand chose à voir avec l’original, même si la voix de Kerouac et la bande originale jazzy servent de caution. On pourra se sentir trahi (mais toute adaptation n’est-elle pas finalement qu’une trahison puisqu’on s’approprie les mots d’un autre) mais les comédiens sont magnifiques, en particulier Kristen Stewart (sélectionnée après son rôle de In the Wild) et Garrett Hedlund (la stature de Brando et la fébrilité de Dean réunies), la photo sublime, et si l’on s’attache plus à l’humain qu’au décor, c’est un parti pris qui fonctionne.

Salles a le mérite de donner une voix moderne à cette génération en quête de sens, portée par l’exaltation de la découverte et prête à toutes les aventures, même si elles paraissent finalement minuscules.

Sur la route fait partie de la Sélection officielle du Festival de Cannes 2012.

Sur la route
Walter Salles (2012)

Sortie en salles : 23 mai 2012

Avec Garrett Hedlund (Dean Moriarty), Sam Riley (Sal Paradise), Kristen Stewart (Marylou), Amy Adams (Jane), Tom Sturridge (Carlo Marx), Danny Morgan (Ed Dunkel), Alice Braga (Terry), Marie-Ginette Guay (Ma Paradise), Elisabeth Moss (Galatea Dunkel), Kirsten Dunst (Camille), Viggo Mortensen (Old Bull Lee)

Distributeur MK2
Durée 140 minutes