On peut dire que nous sommes gâtés ! Sortent en salles cet été, trois adaptations plus ou moins fidèles d’autobiographies inutiles ou presque.
Dans le désordre, Magic Mike, le nouveau Soderbergh impulsé par Channing Tatum, l’alimentaire Lady Vegas (sous-titré Les mémoires d’une joueuse) de Stephen Frears et Les Saphirs, joli film australien de Wayne Blair.
Le moins intéressant des trois, Lady Vegas (Lay the Favorite), sorti le 8 août 2012, est l’adaptation des mémoires de Beth Raymer parues en 2010. Si Las Vegas reste décidément très cinématographique, le film s’enlise rapidement dans les poncifs et on se demande ce qui a pu pousser Frears à réaliser un pareil navet. Sa mise en scène, si elle est soignée, manque singulièrement de punch et d’imagination. Jamais le réalisateur ne prend de distance face à un sujet qui méritait mieux. La photographie rutilante de Michael McDonough enfonce le clou et renforce l’impression de cliché et de déjà vu.
Bruce Willis et Catherine Zeta-Jones, -que Frears avait déjà dirigé dans High Fidelity, qui avaient failli se croiser dans Ocean’s Twelve cabotinent à l’envie et s’amusent comme des fous à casser leur image. En dépit de l’abattage incroyable de la britannique Rebecca Hall (Frost/Nixon), il est pourtant impossible de trouver un quelconque intérêt à ce scénario poussif. Vince Vaughn hérite d’un personnage dont on aurait pu se passer, créé pour les besoins du film par D.V. DeVincentis (Justin Timberlake, pressenti pour le rôle, a eu le nez creux).
Bref, c’est peut-être une histoire vraie, mais ça n’en fait pas pour autant une histoire intéressante. On se distraira en cherchant dans quelles séries on a déjà vu les seconds rôles : Joel Murray (Mad Men), Laura Prepon (That ’70s Show), Joshua Jackson (Fringe) ou Frank Grillo (Prison Break).
Avec Magic Mike, Steven Soderbergh sort son deuxième film de l’été après Piégée. Inspiré par un épisode de la vie de l’acteur principal, Channing Tatum, et tourné à Tampa, le film s’attache recréer l’atmosphère des boîtes de striptease masculin. Malgré un cocktail qui s’avérait potentiellement détonnant, le film reste très convenu, voire superficiel et ennuyeux.
Soderbergh, fidèle à lui-même, s’occupe de tout. En effet Peter Andrews et Mary Ann Bernard crédités au générique pour la photo et le montage, sont les pseudos qu’il utilise régulièrement. Privilégiant les filtres jaunes en extérieurs et les couleurs froides pour les scènes dans la boîte de nuit, la mise en scène est extraordinaire mais ne fait jamais vraiment oublier la bluette convenue qui cisaille l’intrigue. Le cinéaste aime ses acteurs et il le montre. C’est sans doute ce qu’on retiendra de ce Magic Mike sans intérêt. Chaque comédien a droit à son moment, –à ne pas rater, le numéro de striptease du texan Matthew McConaughey. Mais surtout, Tatum parvient enfin à montrer que, bien dirigé, il est capable de faire l’acteur. Incroyable !
Tout comme Lady Vegas, Magic Mike est une machine à recycler les comédiens de télévision : Matt Bomer (White Collar/FBI : duo très spécial), Joe Manganiello (True Blood) et Adam Rodriguez (Les Experts : Miami), Olivia Munn (The Newsroom). Ce qui prouve bien que les deux sont solubles Outre-Atlantique.
Troisième de cette catégorie biopic, Les Saphirs (The Sapphires), premier long d’un transfuge de la télévision, Wayne Blair, sélectionné hors compétition au dernier Festival de Cannes.
On est en 1968. Quatre aborigènes bien décidées à fuir la ségrégation et à oublier la génération perdue, montent un groupe de soul et partent en tournée au Vietnam jouer devant les troupes américaines. Adapté de sa pièce par Tony Briggs, ce scénario efficace est une histoire familiale tournée en décors naturels en Australie et au Vietnam. Une grande partie de l’équipe est d’ailleurs d’origine aborigène.
Outre les rôles féminins, tenus par des comédiennes épatantes (Deborah Mailman, Shari Sebbens, Miranda Tapsell et Jessica Mauboy), on retrouve l’Irlandais Chris O’Dow (The IT Crowd), excellent en imprésario improvisé.
La mise en scène très conventionnelle ne parvient pas à éteindre l’énergie des interprètes et à minorer la captivante épopée asiatique des Saphirs, entre rebondissements et intrigues. Reconstitution fidèle d’une époque (on pense à Good Morning Vietnam, mais aussi à The Commitments), Les Saphirs, s’il n’est pas le film de l’année, est un divertissement dont on aurait tort de se priver.
Cette plongée dans l’Histoire australienne qu’on connaît mal en France est un OVNI d’une candeur et d’une naïveté touchantes, emporté par des tubes intemporels que tout le monde appréciera.












